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L’agriculture vivrière joue un rôle crucial dans l’économie locale et la sécurité alimentaire de nombreuses régions du Cameroun. Dans l’Ouest du pays, le bassin de production des Bamboutos se distingue comme une zone agricole stratégique, notamment pour les filières maïs et haricot. Ces deux cultures occupent une place centrale dans les pratiques agricoles et les habitudes alimentaires des populations locales.
Cependant, les producteurs de cette région font face à de nombreuses vulnérabilités économiques qui freinent leur potentiel de développement. Dans cet article, nous allons explorer les réalités de la production vivrière dans cette région, les défis auxquels les agriculteurs sont confrontés, ainsi que les pistes d’amélioration.
Une Région au Cœur de la Production Vivrière
Une importante partie de la production agricole est aujourd’hui intentionnellement spéculée pour la commercialisation en priorité dans les zones rurales, périurbaines et urbaines du Cameroun.[1]
Le bassin des Bamboutos est reconnu pour ses terres fertiles et son climat favorable à l’agriculture. Le maïs et le haricot y occupent une place prépondérante, non seulement comme cultures alimentaires de base, mais aussi comme sources de revenus pour les ménages ruraux. Le maïs est utilisé dans la préparation de plusieurs plats traditionnels comme le “couscous-nkui” ou le “corn ” korn-tchap”, tandis que le haricot est un ingrédient clé dans des mets tels que le “pilé” ou le “haricot sauté”.

Cette double fonction – nourrir les familles et générer des revenus – fait du maïs et du haricot des piliers de l’économie locale. Cependant, cette dépendance accrue à ces cultures expose également les producteurs à des risques économiques et environnementaux importants.
Production agricole vivrière: Les Vulnérabilités Économiques des Producteurs
Malgré leur importance, les filières maïs et haricot dans les Bamboutos sont confrontées à plusieurs défis majeurs qui fragilisent les producteurs :
1. L’accès limité aux intrants agricoles
Dans le bassin de production des Bamboutos, l’agriculture, bien que majoritairement familiale, nécessite la mobilisation de certains produits et matériaux essentiels pour atteindre la rentabilité souhaitée. Parmi ces éléments, les engrais jouent un rôle crucial. Leur utilisation intensive s’explique par la rareté des terres cultivables, l’absence de pratiques de jachère entraînant une surexploitation des sols depuis près de 60 ans. Ainsi qu’une forte densité de population sur un espace foncier limité.
Les réalités du terrain
Les engrais chimiques sont les plus couramment utilisés pour la fertilisation et la croissance des plantes, ainsi que pour l’enrichissement du sol à moyen terme. Aussi, les prix varient selon la composition chimique, atteignant jusqu’à 25 000 francs CFA par sac de 50 kilogrammes pour les engrais dits « complexes ». Les engrais organiques, dérivés des matières fécales animales issues des activités d’élevage, sont très peu employés, avec un prix habituel de 3 500 francs CFA par sac de 25 kilogrammes.
Il est important de noter que, dans les deux filières, les engrais sont davantage utilisés lors de la production de maïs. Tandis qu’ils sont parfois moins employés, voire totalement négligés, lors de la culture du haricot. Cependant, les quantités appliquées durant la saison principale pour le maïs sont considérées comme devant fertiliser le sol pour l’année entière, y compris pendant la production du haricot.
De plus, aujourd’hui plus que jamais, les herbicides sont utilisés pour la culture du haricot, avec un coût variant entre 3 500 et 5 000 francs CFA par litre. Ces herbicides sont appliqués pour préparer le sol avant les semis de haricots de contre-saison. Les herbicides dits « de contact » sont utilisés pour éliminer les herbes, provoquant leur assèchement ou leur décomposition progressive.
Les semences améliorées, les engrais et les pesticides sont souvent hors de portée financière pour de nombreux agriculteurs. En conséquence, les rendements restent faibles et ne permettent pas d’atteindre une production optimale.
2. Les aléas climatiques
Le changement climatique entraîne des variations imprévisibles des précipitations et des températures, affectant directement la productivité agricole. Les périodes de sécheresse ou d’excès de pluie rendent difficile la planification des semis et des récoltes.
3. L’insuffisance des infrastructures
Dans cette région montagneuse, les routes sont souvent en mauvais état, ce qui complique l’évacuation des produits vers les marchés urbains. Les pertes post-récoltes sont également importantes en raison d’un manque de moyens de stockage adéquats.
L’étalement des villes chefs–lieux d’arrondissement notamment Babadjou, Galim, Batcham et Mbouda est observé de façon inéluctable. [3] Le corollaire de cette croissance urbaine est l’accroissement démographique qui occasionne l’occupation progressive des espaces de proximité pour les pratiques agricoles. Par conséquent, les exploitations agricoles familiales sont de plus en plus éloignées des centres urbains. Cet éloignement a une incidence importante sur le coût de transport qui occupe aussi de ce fait un poids non négligeable dans l’inventaire des dépenses relative à la production agricole. Tous les 16 villages du département de Bamboutos sont des lieux de production du maïs et de haricot ; les plus réputés sont Bagam, Bamendjinda, Galim, Bati, Bamendjing, Batcham et Bangang.
Contexte
Les distances entre ces zones et la ville de Mbouda sont comprises entre 6 km et 33 km. Le coût du transport est fonction des villages, de la régularité de fréquentation des routes et de la praticabilité de celles–ci qui varie selon les
saisons. Pendant la saison de pluies, les prix de transport sont relativement plus élevés par rapport à la saison sèche [4]. En parlant du transport, il faut relever que ce dernier concerne les personnes mais aussi les
produits agricoles. La cherté du transport est de fait exprimée dans l’acheminement des produits et concerne moins le transport des personnes.
Le coût du transport d’une personne hormis ses bagages varie entre 200 et 500 francs pour les villages sus mentionnés. Le transport des récoltes agricoles maïs et haricot suivant la même logique de l’état des routes, varie entre 5000 francs et 80000 voire même 100000 francs.
4. La volatilité des prix
Étant donné que de nombreuses familles exploitent des superficies relativement grandes, avec un travail de la terre basé sur le labour du sol et le sarclo – buttage qui exigent une forte mobilisation de la force physique, il y a aujourd’hui un important recours à la main d’œuvre rémunéré. Celle–ci se joint le plus souvent à la force de travail familiale.

Mais il est important de préciser que dans plusieurs ménages de la ville de Mbouda, la progéniture des
producteurs qui jadis constitua la main d’œuvre familiale est, soit très diminuée, soit quasi absente aujourd’hui du fait de son déplacement dans d’autres métropoles pour des raisons diverses (scolaire/ académique, professionnelles, conjugales
Les producteurs sont soumis aux fluctuations des prix sur le marché local. En période de surproduction, les prix chutent drastiquement, réduisant les marges bénéficiaires. À l’inverse, en cas de pénurie, les consommateurs peinent à accéder à ces denrées essentielles.
5. Un accès limité au financement
Si la pratique de l’agriculture est très fréquente dans le quotidien des populations du département des Bamboutos, y compris même ceux exerçant d’autres professions salariales formelles, il convient de relever que l’autosuffisance alimentaire n’est pas la seule finalité de l’agriculture.
La commercialisation de ces denrées est aussi une ambition qui existe avant que le processus de production ne soit entamé. La rationalité qui prévaut aujourd’hui est celle de produire pour consommer, mais aussi pour vendre, et
parfois même, vendre sa production plus qu’on la consomme.
Les petits agriculteurs ont rarement accès aux crédits agricoles ou aux subventions gouvernementales, ce qui limite leur capacité à investir dans la modernisation de leurs exploitations.
Egalement disponible: Comment est structurée la filière cacao au Cameroun ?
Production agricole vivrière: Vers une Résilience Économique Durable
Pour que la production vivrière dans le bassin des Bamboutos devienne un moteur de développement durable, il est essentiel d’adopter une approche intégrée. Cela implique une collaboration entre agriculteurs, institutions publiques, ONG et secteur privé. Les initiatives visant à renforcer la résilience économique des producteurs doivent être priorisées afin de garantir non seulement leur survie économique, mais aussi la sécurité alimentaire de toute la région.
En conclusion, bien que les défis soient nombreux, le potentiel agricole du bassin des Bamboutos reste immense. Avec des politiques adaptées et un soutien accru aux petits producteurs, la filière maïs-haricot pourrait devenir un exemple réussi d’agriculture vivrière résiliente et prospère au Cameroun.
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Sources :
Tiré de la Revue scientifique européenne 20(13):142, Mai 2024, DOI : 10.19044/esj.2024.v20n13p142
Production agricole vivrière à l’ouest Cameroun et vulnérabilités économiques des producteurs : le cas de la filière maïs et haricot dans le bassin de production des Bamboutos
Auteurs: Gaétan Mawoh , Nana Claudin Karim
[1] Hatcheu, 2000 ; Kuété, 2012 ; Nodem, 2018
[2] Keita, 2019 ; Mbondo et al.,2023
[3]Courade, 1999 ; Fongang, 2008
[4]Meli et al., 2019

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